Claude NOUGARO : la miraculeuse osmose d'un poète et d'une ville

Sur les traces de Claude NOUGARO à TOULOUSE ;

Le temps coule si vite, les événements et les drames s'enchaînent et se télescopent sans fin dans une course effrénée où tout s'étiole et disparaît à jamais en quelques heures comme fragiles bulles de savon, sous l'action de médias insatiables et irresponsables dont drames, accidents, scandales, excès, voire désinformation et manipulation constituent désormais l'unique éthique et la seule règle déontologique !

Le 4 mars 2019, était commémoré le quinzième anniversaire du départ du poète toulousain !

Malgré les maux du temps, sa présence est toujours aussi prégnante dans la ville qu'il a magnifiée dans un poème que d'aucuns considèrent comme le plus beau présent jamais offert  par un artiste à une ville !

Présence évidemment marquée par les lieux où il a vécu : la maison où il a vu le jour chez ses grands-parents ; celle de son enfance dans le quartier des Minimes et celle de sa maturité, Quai de Tounis.

Permanence manifeste par les vers magiques qui résonnent en arpentant le quartier des Minimes avec ses "briques rouge", en franchissant "l'eau verte du canal du Midi" sur le pont des Minimes, puis en empruntant la place Saint-Sernin où "la Basilique illumine le ciel d'une fleur de corail que le soleil arrose", afin de gagner le "Capitole"  où "les ténors enrhumés tremblaient sous leurs ventouses" et où Claude entendait "la voix de papa qui était en ce temps là son seul chanteur de blues".

D'ailleurs, dans l'émission que Patrick Poivre d'Arvor vient de lui consacrer dans son émission "Une maison un artiste" sur FR5, plus particulièrement centrée sur la maison qu'il occupa à la fin de sa vie au pied de Notre-Dame de Paris, le producteur et musicologue Didier VARROT revient surtout sur l'osmose miraculeuse que l'artiste entretenait avec sa Ville.

 

 

Si sa seconde épouse raconte que l'idée initiale du poème était une volonté de révolte, de vengeance de ses problèmes d'enfance et d'adolescence qu'il avait si mal vécu, elle se transforma bien vite en la volonté de dire tout son amour pour sa ville ; et pour cela de s'inscrire dans la filiation de l'air qui constituait depuis 1845 l'hymne toulousain, le fameux "O moun païs", dont le refrain célébrait : "O moun païs ! ô moun païs ! ô Toulouso ! ô Toulouso", qu'il reprendra bien sûr dans "ô Toulouse" ! 
Cet hymne, aussi connu sous le nom de "La Tolosenca", avait été écrit par Lucien Mengaud et mis en musique par Louis Deffès ; il fut interprété pour la première fois le 30 avril 1845 ; il était si populaire qu'il accompagnait "La Marseillaise" dans certaines cérémonies officielles ; il clôturait même tous les repas festifs bien arrosés, repris par toute l'assisance. Populaire au point qu'Edmond Rostand a écrit : "Fier comme un toulousain chantant "O moun païs !"

 

AnnéeTitreAuteurAlbumInterprète  
1845 La TOLOSENCA
(La Toulousaine)
Louis DEFFES
Musique
Lucien MENGAUD
Paroles
La Toulousaine - 1960 André DASSARY dassary
 1967  TOULOUSE  Claude NOUGARO  Philips no 437 330 BE  Claude NOUGARO otoulouse

 

Et depuis sa disparition, hommages officiels rendus par le baptême à son nom de l'Ecole Maternelle, l'Ecole Elementaire, le Collège, mais aussi un Jardin Public et la station de métro dans son quartier des Minimes ; et plein Centre, sur le prestigieux Square du Général-de-Gaulle, devant la Mairie de Toulouse, sa statue de bronze en taille réelle qui se mêle si vivante aux passants et aux touristes ; le tableau que le peintre MORETTI lui a consacré, aux côtés de JAURES et tant d'autres personnalités, pour l'une des vingt-neuf scènes accrochées aux "caissons" des arcades du Capitole dans la série consacrée à l'histoire de Toulouse ; et bien sûr, visible depuis la Place Saint-Pierre, l'immense portrait qui décore le pignon d'une maison ; enfin, plus discrète, la plaque en cuivre gravée des paroles de son poème, fixée à une pile du Pont-Neuf. 

à suivre bientôt ...

L'hommage de Toulouse à Carlos Gardel

Bien que sa culture soit argentine, sa langue espagnole, que sa célébrité universelle repose sur son oeuvre d'auteur-compositeur-interprète en Amérique du Sud, le créateur du "tango argentin" chanté est né  Charles Romuald GARDES le 11 décembre 1890 à l'Hôpital de la Grave à Toulouse de Berthe, lisseuse de profession, et de père inconnu.
Il a passé les deux premières années de son existence au 4, rue du Canon d'Arcole, avant que sa mère n'émigre en Argentine. Il a acquis une renommée internationale en composant et interprétant  des "tangos argentins" immortels.
Décédé prématurement le 24 juin 1935, des suites d'un accident d'avion survenu non loin de Medellin en COLOMBIE, sa gloire est toujours immense et quatre-vingt-cinq ans après sa disparition il est rentré dans l'histoire culturelle sud-américaine.

Sa ville natale lui rend hommage au-travers divers monuments érigés dans le quartier Compans-Cafarelli, à côté de la maison où il a vécu ses premières années.

Se canto

Il reste un murmure fragile 
Comme un refrain défendu 
Qui vibre au coeur de chaque pierre 
Comme un reproche lointain 
Tenace comme le lierre 
Et qui nous dit d'où l'on vient

Dans "In Extremis", la chanson éponyme du titre de son dernier album, Francis CABREL évoque ainsi le SE CANTO :
Et combien il est pertinent et profond dans son analyse poétique ! Car tous les enfants sont nourris dès leur plus jeune âge par cette mélodie que leur chantent leurs parents ou leurs grands-parents telle une berceuse, qu'ils transmettront eux-mêmes à leur descendance.
L'auteur de la musique ne sera jamais identifié, car l'air nous vient des fonds de l'antiquité romaine, lorsque l'occupant romain et les autochtones ont fondé ce que les historiens nomment la civilisation "gallo-romaine" ; la langue d'oc, qui pourtant constitue la majeure partie de la structure sémantique et grammaticale du français contemporain, a évolué librement et sans règles vers les dialectes de la langue occitane que nous connaissons aujourd'hui : le languedocien, le provençal, le gascon, l'auvergnat, le limousin, le vivaro-alpin.

Francis Cabrel, le sage d'Astaffort

Très ancré au sein de sa région, le grand poète et musicien contemporain Francis Cabrel, avait évoqué le génocide qui, au nom de la Croisade déclenchée au début du XIIIe siècle par le Pape contre de "purs" chrétiens qu'étaient les "Cathares", avait surtout permis aux seigneurs puinés franciliens de s'emparer des terres et possessions des Seigneurs locaux, les fameux "Chevaliers Cathares", les "faidits", dépossédés de leurs terres,  au prix de la mort d'un million d'innocents.

Dans son style inimitable, il évoque dans son dernier album qui porte le nom de la chanson éponyme, "In Extremis", le génocide culturel qui a dépossédé de la fin du XIXe siècle et durant tout le XXe siècle, le peuple occitan de sa langue et de sa douce et belle civilisation.

 

"Qu'èm çò qui èm"

Avec la simplicité rude de la langue gasconne et sa sensibilité de poète, NADAU parvient, au-delà des modes passagères, à traduire l'âme de la civilisation occitane, encore vivace malgré huit siècles de persécution et la restitue d'une voix sereine, mais forte, fière, digne et respectable, dans toute sa profondeur. C'est en celà que ses poèmes touchent toutes les générations, car au-delà des mots, ils traduisent des valeurs simples, séculaires, nobles et universelles qui sont celles que nous ont léguées les gens que l'on aime. Dans un de ses dernières oeuvres, il a magnifiquement écrit : "Qu'em d'aqueth país de'us qui nos an aimats"  (Nous sommes du pays de ceux qui nous ont aimé)

Son poème "Qu'èm çò qui èm" en constitue une illustration, dont ce modeste site n'a d'autre but que d'être un modeste reflet.

Aimar sa tèrra dinc au mau d’amor,
I créder enqüèra dinc a la dolor,